Paloma Agrasot WWF, Bureau de politique européenne (European Policy Office) sur Serge Antoine

Journée d’hommage à Serge Antoine le 4 octobre 2006

Je voudrais féliciter et remercier les organisateurs d’avoir pris cette initiative. Je ne sais pas si c’est possible, mais en écoutant tout cela, on admire encore plus Serge Antoine. C’est vraiment une journée magnifique !
En préparant mon témoignage, j’ai retrouvé un livre de Serge Antoine : Méditerranée 21 : 21 pays pour le XXIe siècle. Développement durable et environnement. C’est un petit livre que Serge a fait en 1995, qu’il a dédicacé à tous ceux qui, en Méditerranée, dans les 21 pays riverains, militent pour que le sommet de Rio se cultive et que les fleurs du XXIe siècle soient dans les graines d’aujourd’hui. Cette dédicace est très belle et vraiment en rapport avec le thème d’aujourd’hui : Serge Antoine, semeur d’avenirs, et il faut croire qu’il aimait semer. Dans l’exemplaire que Serge m’a donné, il a fait une dédicace avec son écriture si caractéristique qui disait : « À Paloma, que son cœur européen porte sur la Méditerranée… » Je trouve que ces deux mots clés « Europe » et « Méditerranée » résument très bien la collaboration que j’ai eu la chance et l’honneur d’avoir avec Serge Antoine.
J’ai connu Serge Antoine au début des années 1990 grâce à Geneviève Verbrugge et je l’en remercie. J’étais au bureau européen de l’Environnement et je commençais à suivre la politique européenne en Méditerranée, au temps de la Charte de Nicosie qui promettait beaucoup mais qui n’a pas réussi. Nous avons commencé, avec Serge Antoine, à partager sur les projets, des idées, le lobbying – Serge était un lobbyiste incroyable – et ainsi, nous avons toujours continué. Je suis passée au WWF, mais la collaboration s’est poursuivie.
Pour revenir sur ce livre, j’ai une anecdote. En effet, Serge l’a fait en 1995. Il tenait vraiment à le faire, il m’a dit : « Quoi ! Les ONG, vous ne faites rien cette année sur la Méditerranée. – Non, pas à ma connaissance. – Je vais le faire parce que c’est une année charnière, il faut que cela se fasse. » Je pense qu’il a fait cela en une ou deux semaines. C’était assez fou, il l’a édité, l’a publié, l’a écrit. Pourquoi une année charnière ? Parce que, comme l’a dit Monsieur Ennabli, c’était l’année de la révision de la convention de Barcelone, c’était un moment important pour la Commission méditerranéenne de développement durable (CMDD), c’était l’année où la déclaration de Barcelone qui marquait le départ de l’Euro-Méditerranée a été signée.
Serge Antoine croyait fermement que les initiatives de l’Union européenne et celles des Nations unies devaient être plus complémentaires et plus cohérentes, et non concurrentes comme beaucoup d’autres le pensaient. Serge avait une vision très positive de la politique européenne et pensait qu’en influençant et en intégrant plus l’environnement et le développement durable, cela ferait du bien à la Méditerranée.
Serge croyait aussi très fermement au rôle des sociétés civiles. Au dos de son livre, il dit :
Le bassin méditerranéen appelle la mise en œuvre solidaire d’un développement durable porté par ses sociétés civiles.
Vraiment, il l’a mis en pratique et plusieurs orateurs l’ont dit aujourd’hui. Au niveau de la Méditerranée, Serge étant un lobbyiste terrible, il appuyait toutes nos idées et nos batailles pour intégrer l’environnement dans la politique européenne, il nous donnait des idées. Il est allé jusqu’à participer à des forums civils euro-méditerranéens sur l’environnement que nous avions organisés (Stuttgart, Marseille, etc.). Il est venu à Bruxelles pour une table ronde au Parlement européen où nous souhaitions mettre en avant la stratégie méditerranéenne de développement durable, et convaincre l’Union européenne que c’était quelque chose qu’elle devait intégrer. Comme cela a été dit, il a vraiment fait tout cela avec simplicité et humilité. Il se mêlait aux ONG, participait aux groupes pour donner ses idées.
Depuis les années 1990, personnellement, j’ai eu la chance de pouvoir monter des projets avec lui. Un projet lui tenait particulièrement à cœur : la création d’une maison de la Méditerranée à Bruxelles. Je ne sais pas s’il en a parlé, moi pas trop tant que ce n’était pas signé. Il y avait les anciens bâtiments de l’école vétérinaire, près de la Gare du Midi à Bruxelles. Cela faisait rénovation urbaine, tout ce qu’il aimait. Dans cette enceinte, il y aurait eu un éco-centre, l’administration de l’Environnement et une petite maison que nous pouvions avoir pour faire une Maison de la Méditerranée et du développement durable. Nous aurions pu y associer les populations maghrébines du quartier, les ONG, les missions, les ambassades. C’était vraiment une superbe idée qui n’a pas abouti pour des raisons politiques bruxelloises. C’est dommage, et c’est vraiment quelque chose que nous pourrions imaginer, à l’avenir, d’une autre manière.
Pour terminer, je voudrais rappeler que Serge Antoine était quelqu’un d’optimiste. Plusieurs l’ont dit, il le dit lui-même dans son livre. J’insiste beaucoup sur ce livre parce que je crois que c’est un peu son testament sur la Méditerranée et le développement durable. Il était optimiste, mais quand j’ai parlé avec lui, au début de cette année, il était très déçu et très sombre. Il m’a dit : « La Méditerranée va mal. » À ce moment-là, comme je suis optimiste aussi, je lui ai répondu : « Non ! D’ailleurs, il y a une nouvelle initiative de l’Union européenne pour la dépollution de la Méditerranée. Justement, un texte est soumis à consultation publique. » Cela l’a vraiment remis sur pieds et il a dit : « Envoyez-moi ce texte, je vais vous donner des commentaires. » En fait, j’aurais dû avoir ses commentaires, mais cela n’a pas été possible.
Je suis optimiste, mais je reconnais que beaucoup de choses vont mal. Il y a eu la crise libanaise, cet été, la pollution par les hydrocarbures, mais malgré tout, si Serge Antoine était encore là, j’aurais vraiment aimé partager avec lui toute une série de perspectives qui s’ouvrent maintenant au niveau de la Méditerranée et de la politique européenne. La Commission européenne vient de publier une stratégie environnementale pour la Méditerranée qui comprend un calendrier d’actions, un programme « Horizon 2020 » qui devrait rassembler l’Union européenne, les Nations unies, le PNUE, les ONG, la Banque mondiale. Serge serait très heureux de voir que l’Union européenne et le PNUE vont travailler de plus en plus ensemble, que le PNUE va agir comme agence d’implémentation de la stratégie marine et de « Horizon 2020 ». Il y a des perspectives telles que la nouvelle politique de l’Union européenne pour la Méditerranée qui est la politique de voisinage qui a une composante, en théorie, environnementale et d’appui à la société civile très importante. J’aurais voulu commenter ces perspectives avec Serge.
Il reste beaucoup de choses à faire, beaucoup d’efforts pour que tout cela parte dans la bonne direction, mais je pense que nous serons guidés par tout ce que Serge Antoine a fait et que nous pourrons réussir quelque chose de bien, tous ensemble.

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