Bernard Glass Ancien directeur du Plan bleu sur Serge Antoine

Journée d’hommage à Serge Antoine le 4 octobre 2006

Parler de Serge Antoine et du Plan bleu pour la Méditerranée, après que Mohamed Ennabli ait situé l’éminent rôle de Serge sur le champ de l’international méditerranéen, m’amène à faire état, d’une façon personnalisée, des liens entre un haut fonctionnaire atypique et une institution originale, dont il est le père fondateur, tout deux œuvrant pour un meilleur avenir des Méditerranéens.
Passionné par le travail de Serge à la Datar pour l’émergence d’une politique française de l’environnement je me suis retrouvé, jeune fonctionnaire, au premier ministère chargé de l’Environnement. Bien qu’en Alsace, comme délégué régional, j’ai eu l’occasion de travailler avec Serge dans la commission Delmon sur « la participation des Français à l’amélioration du cadre de vie » ; puis de le revoir sur le terrain au Parc national des Pyrénées et, vers Noël 1978, de parcourir avec son épouse Aline, un de ses fils et des amis, le Haut-Atlas marocain.
Nommé DDAF des Alpes-Maritimes je l’ai perdu de vue une dizaine d’années. Jusqu’en 1989 où un coup de téléphone de Serge m’a confirmé la mémoire impressionnante de son carnet d’adresses : « Glass ce serait bien si tu t’intéressais au Plan bleu ! » Je connaissais vaguement cet organisme car le préfet m’avait demandé mon avis sur son rapport de 1989 intitulé « Le Plan bleu : avenirs du Bassin méditerranéen ». Je trouvais l’ouvrage intéressant au plan des études prospectives mais éloigné des préoccupations concrètes des acteurs du terrain dont j’étais. D’où ma réponse à Serge : « Les études j’ai déjà donné. Je préfère me consacrer à l’inspection générale de l’Environnement. Ma réponse pour le Plan bleu est non. »
Sans acter ma position il m’a suggéré de rencontrer Michel Batisse, le président du Plan bleu, qui m’a convaincu de m’impliquer pour un quart de mon temps pour diriger l’équipe du Plan bleu à Sophia-Antipolis. Très rapidement le temps partiel est devenu pratiquement un temps plein surtout parce qu’en toile de fond le binôme Antoine-Batisse m’a stimulé pour relancer le Plan bleu menacé de disparition par les parties contractantes à la Convention de Barcelone qui considéraient que l’exercice, donc l’organisme, Plan bleu s’est achevé par la publication du rapport du même nom !
Au fil des années notre complicité a permis d’étoffer et de redynamiser l’équipe pour amener les pays riverains et l’Union européenne à confier au Plan bleu de nouvelles fonctions dont celle de l’Observatoire méditerranéen pour l’environnement et le développement.
Sous l’impulsion de Serge, le Plan d’action pour la Méditerranée a conforté les propositions du Plan bleu pour renforcer la composante terrestre de ses activités car la qualité de la mer est tributaire de celle d’un développement durable des États côtiers.
Je garde ainsi le souvenir d’un Serge omniprésent au Plan bleu, même retraité, pour conseiller, activer, orienter avec beaucoup d’exigence mais toujours avec le sourire. Pour lui le Plan bleu représentait la quintessence de ses convictions et de ses engagements environnementaux : la prospective et l’approche systémique pour éclairer les décisions des instances internationales, nationales et locales et pour mobiliser la société civile méditerranéenne, au-delà des risques géopolitiques, en faveur d’un développement durable du « berceau des civilisations ».
Une anecdote confirme sa forte motivation pour créer le Plan bleu en 1977 lors de la réunion des parties contractantes en Croatie de l’ex-Yougoslavie. Quand le mandat du Plan bleu, axé sur les relations à long terme entre environnement et développement, était débattu, les autorités yougoslaves voulaient que ce mandat soit intégré à celui d’un centre, le leur, prévu à Split et chargé du programme des actions prioritaires. Selon elles il était logique de lier la réflexion en amont et l’action en aval. Serge a passé une nuit blanche avec Mostafa Tolba, directeur exécutif du Programme des Nations unies pour l’environnement, pour mettre au point l’argumentaire inverse et faire créer le Centre d’activités régionales-Plan bleu, hébergé par la France et chargé de réfléchir aux futurs de la région méditerranéenne.
Durant une trentaine d’années Serge s’est consacré, entre autres, au Plan bleu en veillant notamment à lui faire jouer un rôle majeur à la Commission méditerranéenne du développement durable instaurée en 1994. Jusqu’à ses derniers instants il est resté en contact avec l’équipe du Plan bleu. Il a veillé à la continuité de l’institution avec la publication du deuxième grand rapport en 2005 : Méditerranée. Les perspectives du Plan bleu sur l’environnement et le développement et avec la nomination de Lucien Chabason comme président succédant à Michel Batisse, décédé en 2004. Aujourd’hui, un nouveau directeur, Henri-Luc Thibault, a en charge l’héritage et le futur du Plan bleu qui doit tant à Serge dont les mots clés demeurent : prospective, aménagement du territoire, environnement, développement durable du local au global et réciproquement.
À travers mon expérience et mes relations avec Serge au Plan bleu mon opinion sur lui, avec le respect et l’amitié que je lui dois, peut se résumer ainsi : un très grand serviteur de la cause environnementale ne supportant ni la routine, ni le cloisonnement institutionnel et capable d’imaginer et de créer ce que l’orthodoxie administrative ne permettait pas, pour être efficace.
En me référant au message d’adieu à Michel Batisse de Frederico Mayor, ancien directeur général de l’Unesco, je dirai que Serge Antoine fait partie de ceux qui, comme les étoiles, continuent à émettre de la lumière même quand ils ont disparu.

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