Sébastien Treyer Chargé de mission Prospective à la D4E, au ministère de l’Écologie et du Développement durable sur Serge Antoine

Journée d’hommage à Serge Antoine le 4 octobre 2006

au ministère de l’Écologie et du Développement durable
Je suis très honoré de pouvoir prendre la parole en hommage à Serge Antoine et à la suite des oratrices et orateurs précédents dont j’essaye, du mieux que je peux, de reprendre le flambeau dans ce ministère de l’Écologie. Je ne suis pas du tout à la même échelle que ce qu’ont pu faire Jacques Theys et Dominique Dron, mais si j’interviens c’est parce que je suis aujourd’hui chargé de mission Prospective au ministère de l’Écologie.
Modestement, en premier point, je voudrais témoigner que, moi qui suis en train d’essayer de contribuer à la prospective pour l’environnement, moi qui suis en train d’essayer de construire un parcours dans ce domaine, je suis vraiment frappé de remarquer que j’ai rencontré l’influence de Serge Antoine partout depuis huit ans, déjà dans mon parcours de doctorant cherchant à faire une thèse en matière de prospective au sein du CIRED dont j’ai appris aujourd’hui que Serge Antoine avait contribué à la création. En travaillant sur les domaines de la prospective et de l’action publique, on voit évidemment que c’est marqué par l’influence de Serge Antoine. Par ailleurs, je me suis intéressé à un cas d’étude exemplaire dans ces domaines de prospective et d’action publique, à savoir celui du Plan bleu, cas exemplaire de la mise sur l’Agenda des questions d’environnement dans un contexte international complexe, au moyen de la prospective et des références scientifiques. J’ai aussi rencontré l’influence de Serge Antoine dans mon parcours ici, au ministère de l’Environnement, en tant que chargé de mission Prospective au sein du service de la recherche qui lui doit beaucoup également. Je suis donc cerné par l’influence de Serge Antoine, c’est de bon augure et j’espère que cela va m’aider, je le crois en tout cas.
Depuis huit ans, je vois se confirmer l’importance des questions de prospective pour l’environnement, et elles ont toutes la marque de l’intuition et de l’engagement de Serge Antoine.
Je voudrais réagir à cette question sur ce que l’on peut faire en prospective au service de l’État aujourd’hui. Moi qui essaye de reprendre le flambeau des deux orateurs précédents, je sens le poids de cette transmission, mais je vais tenter d’expliquer la façon dont je vois cette mission de prospective, en tant que chargé de mission Prospective au sein du ministère de l’Écologie. Pour ma part, j’essaye d’introduire de la prospective là où c’est possible et pertinent dans les politiques publiques de ce ministère. Mon constat est qu’effectivement, le besoin de prospective ne cesse de transparaître, même si la demande officielle varie parce qu’on voit bien que le Commissariat du plan, lancé sur la prospective en 2003, est aujourd’hui devenu un centre d’analyse stratégique et finalement, il se rend compte qu’il doit faire de la prospective. Enfin, on voit bien que l’on tourne autour de quelque chose.
En participant au réseau interministériel de prospective, je me suis retrouvé avec des homologues d’autres ministères, et nous avons partagé à la fois le constat que nous sommes souvent plutôt seuls à travailler sur ces sujets, et le paradoxe du projet essentiel de la prospective pour l’État. Puisqu’elle doit se porter en avant des certitudes, elle suppose d’être le trublion, l’agitateur, et pourtant, elle doit être institutionnalisée afin de pouvoir exister. Je me dis qu’il faudrait que nous soyons tous des Serge Antoine pour à la fois trouver une place dans les institutions, et continuer à y agiter les idées.
Je retiens surtout que le projet de Serge Antoine  pour la prospective pour l’environnement en particulier, est plus que jamais d’actualité. Il est aussi plus que jamais d’actualité parce qu’il reste toujours à construire. C’est comme si en arrivant dans ce ministère, en 2002, j’avais droit au même projet, aux mêmes obstacles et aux mêmes questions que Serge Antoine quand il a proposé son projet. J’ai l’impression que c’est aussi cela que l’on me transfère avec ce flambeau, c’est-à-dire qu’il y a toujours une flamme à entretenir.
De plus, en participant à cette journée, je me rends compte que l’exemple de Serge Antoine permet aussi de croire qu’il est possible de faire advenir le changement à la croisée des avancées scientifiques, des démarches de la prospective et des politiques publiques, même si cela reste toujours à construire. Je garde espoir, mais je suis conscient que beaucoup reste à faire. J’ai bien entendu les remarques de Dominique Dron qui me donnent plein d’idées pour ce que l’on pourrait continuer à faire.
Un dernier point sur les prospectives, particulièrement sur l’environnement, deux chantiers me semblent essentiels et résonnent avec ce que j’ai entendu aujourd’hui.
D’une part, à l’échelle mondiale, dans tout un tas de questions d’environnement, dans toutes celles que nous essayons de mettre sur l’Agenda, tant en termes de changement climatique que de biodiversité, on fait continuellement appel à des scénarios prospectifs pour les mettre au cœur du débat. Pour exemples, les scénarios du GIAC pour le changement climatique, le Millenium Assessment pour la biodiversité. Selon moi, l’exemple du Plan bleu qui était un exemple de prospective dans un contexte de négociation internationale très complexe reste important et reste un modèle, un cas d’école intéressant sur lequel ce ministère a toujours à apprendre sur ce volet des prospectives au service de la gouvernance mondiale de l’environnement.
Mais je reste tout aussi inspiré par ce que j’ai entendu aujourd’hui en ce qui concerne l’échelle locale, les projets de territoires et les projets de développement durable des territoires. Et je crois que la prospective doit vraiment avoir un rôle pour essayer de ne pas esquiver les questions d’environnement majeures quand on fait des projets de développement durable territorial. Pour moi, la prospective, comme le disait Dominique Dron, est à la fois une opportunité pour faire dialoguer des acteurs locaux qui se retrouveraient difficilement à parler des conflits actuels, mais qui peuvent se parler plus facilement sur les questions du futur, mais c’est aussi un impératif de transparence pour que l’on construise une action collective locale sans perdre de vue les conséquences à long terme des projets de chacun sur les possibilités des projets des autres, et sur l’environnement.
Voilà pour moi une série de chantiers à l’échelle mondiale, locale mais aussi à l’échelle nationale pour lesquels les exemples de Serge Antoine restent importants, notamment parce que nous sommes toujours en train d’essayer de reconstruire ou d’agir pour l’environnement et pour la prospective dans une situation pas facile, et à l’exemple de ce qu’il a dû faire.

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